CaraMail, la messagerie gratuite qui a fait entrer la France dans l'ère du chat

Culture web

Lancée en 1997 par une bande de jeunes passionnés, CaraMail a offert aux Français leur première adresse e-mail gratuite et fait naître l'une des toutes premières communautés en ligne du pays.

Caramail, le chat des années 2000

Aux origines : un moteur de recherche et un petit bar parisien

Au milieu des années 1990, Internet en France n'en est qu'à ses premiers pas. En 1994, on compte environ 100 000 internautes dans le pays. C'est cette année-là qu'une petite équipe lance Lokace, l'un des premiers moteurs de recherche de sites en français.

Le service fonctionne bien, mais ses fondateurs, parmi lesquels Orianne Garcia, se posent une question simple : comment retenir les visiteurs plus longtemps ? Leur modèle économique repose entièrement sur la publicité, et chaque minute passée sur le site compte. La réponse naît, dit-on, au comptoir d'un petit bar situé à l'angle de la rue Réaumur, à Paris, à deux pas de leurs bureaux.

Une idée venue des États-Unis

L'un des associés, Christophe, évoque alors un service qu'il a découvert outre-Atlantique : Hotmail, une messagerie électronique gratuite consultable directement sur le Web.

En France, rien de tel n'existe. À l'époque, une adresse e-mail est fournie par un fournisseur d'accès et se configure sur un ordinateur précis. Impossible de lire ses messages depuis un autre poste. Une messagerie gratuite, accessible de partout et qui oblige à passer par le site : l'idée de CaraMail est née.

1997 : un lancement… et une première panne

CaraMail ouvre ses portes le 1er octobre 1997. Le succès est immédiat, au point que le serveur ne tient pas la charge et tombe dès le premier jour. L'équipe en profite pour revoir son infrastructure et rouvre le service quelques jours plus tard.

La suite dépasse toutes les attentes. En 2001, CaraMail revendique environ 4 millions d'abonnés actifs en France, à une époque où le pays compte à peine 7 millions d'internautes. Au total, le service aurait réuni jusqu'à 30 millions d'utilisateurs.

Une équipe jeune et une ambiance hors norme

Derrière ces chiffres, il y a une équipe très jeune, qui vit presque au bureau et dort peu. Les commerçants du quartier connaissent tout le monde, et l'agence de communication ne recule devant aucune extravagance : une vache, puis des cochons, auraient un jour fait leur entrée dans les locaux.

Les investisseurs, eux aussi, se bousculent. Lors d'une levée de fonds, alors que l'équipe cherche 15 millions de francs, certains lui proposent spontanément beaucoup plus. Le signe d'une époque où tout semble possible sur Internet.

Le jour où Jacques Chirac est venu chatter

En 2002, Jacques Chirac, alors candidat à sa réélection, se rend dans les locaux de CaraMail pour « chatter » en direct avec les abonnés. L'affluence est telle que le chat finit par planter en pleine séance.

Pour gagner du temps pendant le redémarrage des serveurs, Orianne Garcia entretient la conversation avec le président. L'échange prend un tour inattendu lorsque le chien de l'équipe s'approche : pendant de longues minutes, Jacques Chirac raconte ses propres déboires pour éduquer son chien. Une fois le service rétabli, il reprend le chat… et bat le record de connexions jusque-là détenu par le footballeur Christophe Dugarry après la Coupe du monde 1998. Une nouvelle qu'il accueille avec un plaisir non dissimulé.

Les « CaraMéliens », une communauté avant l'heure

CaraMail n'est pas resté une simple boîte aux lettres. Très vite, ses utilisateurs se baptisent les « CaraMéliens » et forment une véritable communauté. Le service organise de grandes soirées dans des boîtes de nuit à Paris et en province pour permettre aux membres de se retrouver.

Des amitiés se nouent, des couples se forment, certains se marient et ont des enfants. Bien avant les réseaux sociaux, CaraMail montre déjà à quel point un espace d'échange en ligne peut créer du lien bien réel.

Le rachat et la fin d'une aventure

Pour se développer en Europe, les fondateurs choisissent de vendre CaraMail au groupe suédois Spray, lui-même racheté par Lycos quelques mois plus tard. L'objectif n'était pas tant de faire fortune que de trouver les moyens de grandir : grâce à la publicité, le service était alors proche de l'équilibre financier.

L'équipe fondatrice quitte l'entreprise fin 2004. Pour ceux qui l'ont créé, ce n'est plus tout à fait « leur » CaraMail. Mais pour toute une génération d'internautes, le nom reste attaché à leurs premiers pas en ligne.

Ce que CaraMail nous a laissé

Une adresse accessible de partout, un pseudo, des salons où l'on croise des inconnus qui deviennent des amis : CaraMail a posé quelques-unes des bases de la convivialité en ligne à la française, dans la lignée des canaux de l'IRC, né en Finlande quelques années plus tôt.

Cet esprit de conversation simple et chaleureuse, vous le retrouvez aujourd'hui sur Babillons. Choisissez votre pseudo, parcourez les salons de discussion et lancez la conversation : les habitués n'attendent que vous.

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